À Saint-Laurent-sur-Sèvre, en Vendée, deux frères ont fait un pari qui change beaucoup de choses. Ils gardent leurs poules pondeuses plus longtemps, sans sacrifier leur bien-être. Et contre toute attente, les résultats suivent.
Un choix qui bouscule les habitudes
Christophe et Joël Bidaud élèvent aujourd’hui leur quatrième lot de poules blanches. Leur premier lot a été réformé à 85 semaines. Le dernier est monté à 98 semaines. Et leur objectif actuel est le même.
Ce changement peut surprendre. Pendant longtemps, on a pensé qu’il valait mieux arrêter un lot assez tôt. Ici, la logique est différente. Quand les poules sont en pleine forme, pourquoi les arrêter trop vite ?
Les frères Bidaud voient là deux avantages. D’abord, une meilleure rentabilité. Ensuite, un vrai gain pour le bien-être animal. Mais ils le disent clairement. Allonger la durée de vie demande de la rigueur, tous les jours.
Des poules suivies de très près dès le départ
Les poulettes arrivent à 18 semaines, avec un poids d’environ 1,2 kg. Elles sont élevées en volières, puis installées dans des bâtiments au sol avec caillebotis, eau, aliment et nids sur deux niveaux. Rien n’est laissé au hasard.
Les deux premiers mois, les éleveurs passent toute la matinée dans les bâtiments pour aider les poules à bien se déplacer. C’est un détail important. Une poule qui démarre mal peut vite perdre du poids et produire moins bien ensuite.
La santé a aussi été renforcée. Les poules arrivent désormais vaccinées contre le rouget et la pasteurelle. Ce n’était pas le cas avant. Et cette précaution a du sens, car les risques augmentent avec l’âge.
Une alimentation plus précise, presque au gramme près
L’alimentation a beaucoup évolué. Avant, les poules recevaient quatre aliments différents. Aujourd’hui, il y en a six. Le premier, appelé aliment préponte, est donné dès la première semaine. Il est plus riche et aide les poules à prendre du poids plus vite.
Ce point compte énormément. Avant, les poules perdaient souvent du poids au démarrage, le temps de s’habituer au bâtiment. Maintenant, l’objectif de poids a été relevé, de 1,7 kg à environ 1,750 à 1,780 kg. C’est peu sur le papier. En élevage, c’est beaucoup.
Le calcium et la vitamine D sont aussi apportés une semaine par mois pendant tout le lot. Avant, cette aide n’arrivait qu’en fin de lot. Là encore, l’idée est simple. Il faut garder une coquille solide plus longtemps.
Le secret du bon résultat : ne rien laisser dériver
Le poids de l’œuf est devenu un repère majeur. Volineo recommande de ne pas dépasser 66 g. Avant, on voyait souvent des œufs à 67 ou 68 g. Cela paraît minime, mais sur la durée, cela change beaucoup de choses.
Chaque semaine, les éleveurs font le point. Ils regardent l’âge, le poids des poules, le poids des œufs et le taux de ponte. Puis ils ajustent l’aliment. Cette méthode demande du temps. Elle évite aussi les mauvaises surprises.
Quand il y a du picage, ils ajoutent des blocs à picorer ou des ballots de luzerne. Ils ne le font pas systématiquement. Et c’est voulu. Garder une solution sous la main permet d’agir vite si un problème apparaît.
Une prophylaxie renforcée pour tenir plus longtemps
Allonger la durée de ponte, c’est aussi mieux protéger les animaux. Les poules sont désormais vaccinées toutes les dix semaines contre la bronchite infectieuse et Escherichia coli. Avant, le rythme était de douze semaines et le vaccin E. coli n’était pas systématique.
Elles sont aussi vermifugées toutes les six semaines, dès leur arrivée. Et elles reçoivent un hépatoprotecteur dans l’eau de boisson toutes les deux semaines pendant deux jours. Tout cela aide l’organisme à tenir dans la durée.
Les bâtiments ont été équipés de brumisation pour mieux gérer la chaleur. L’été, la température peut vite monter. Même avec une bonne ventilation, ce confort supplémentaire fait la différence.
Des résultats qui donnent raison aux éleveurs
Pour le moment, l’expérience est très positive. Sur ce quatrième lot, le taux de ponte à 56 semaines atteint 97 %. La norme, à ce stade, tourne plutôt autour de 92 à 93 %. Le poids moyen des œufs est de 64 g, dans la bonne fourchette.
Autre point rassurant, il n’y a pas plus d’œufs au sol que prévu. Les frères Bidaud parlent de seulement 40 à 50 œufs par jour au sol pour 30 000 poules. Autrement dit, la conduite du lot reste propre et maîtrisée.
Sur le plan économique, l’allongement semble rentable. Volineo estime un gain de marge brute entre 0,30 et 0,50 euro par poule et par an quand on passe de 86 à 98 semaines. Ce n’est pas spectaculaire à première vue. Mais multiplié par un grand lot, cela compte vraiment.
Un changement qui oblige toute la filière à s’adapter
Ce modèle ne concerne pas seulement un élevage. Il pousse tout le groupement à revoir ses habitudes. Les lots de poulettes doivent être commandés cinq mois à l’avance. Il faut donc mieux prévoir la réforme des lots. Ce n’est pas toujours simple.
Chez Volineo, la moyenne est passée de 80 à 100 semaines en poules blanches en cinq ans. En poules rousses, elle est montée de 72 à 80 semaines. Cela montre une vraie tendance de fond. Les éleveurs cherchent plus de souplesse, moins de démarrages stressants et moins de vides sanitaires à gérer.
Il y a aussi une évolution dans la manière de lancer la ponte. La stimulation lumineuse est faite plus tard. En poule blanche, elle ne se fait plus en poussinière, mais plus tard, sur l’élevage de pondeuses, à un poids précis. Cela permet d’obtenir des lots plus solides en fin de cycle.
Ce que cette expérience raconte vraiment
Au fond, cette histoire dit quelque chose de simple. Quand un élevage observe bien ses animaux, il peut aller plus loin sans forcer. Les poules ne sont pas poussées à bout. Elles sont suivies, nourries, protégées, et ça change tout.
Le bon sens n’est pas spectaculaire. Il se construit avec des petits réglages, semaine après semaine. Ici, c’est ce travail patient qui permet d’allonger la vie des poules pondeuses. Et de le faire sans casser l’équilibre.
Pour les éleveurs comme pour la filière, l’idée est séduisante. Moins de stress, moins de remises en route, moins de travail inutile. Et, au bout du compte, une production plus durable. C’est peut-être là que se joue l’avenir des poules pondeuses en France.










